La Suisse compte 303 corridors fauniques suprarégionaux. Parmi ceux-ci, 47 – soit environ 16 % – sont aujourd'hui fortement dégradés et inutilisables pour la faune sauvage. Plus de la moitié des corridors restants sont gravement, voire considérablement, altérés dans leur fonctionnement. Chaque année, près de 21 000 animaux sauvages de taille moyenne à grande meurent sur les routes et les voies ferrées suisses, dont plus de 8 000 cerfs – soit, statistiquement, un cerf par heure. Plus de 100 000 amphibiens sont percutés chaque année. Plus de 100 personnes sont blessées chaque année et les dégâts matériels se chiffrent en dizaines de millions de francs suisses.
La réaction des chasseurs amateurs est surprenante : ils se présentent comme la solution au problème. Selon eux, l’abattage sélectif réduit les populations d’animaux sauvages et, par conséquent, les collisions. La prévention des dégâts causés aux routes par la faune sauvage sert de justification à la chasse de loisir, surtout lorsque les autres arguments ne tiennent plus. Or, les données scientifiques, les pratiques et l’expérience suisses et européennes démontrent clairement que les solutions efficaces à la fragmentation des habitats et aux collisions avec la faune sauvage résident dans les ponts et passages fauniques, les clôtures olfactives, les systèmes d’alerte et une planification spatiale cohérente – et non dans l’abattage sélectif.
Ce dossier démontre pourquoi la fragmentation des habitats est un problème structurel qui exige des solutions structurelles, pourquoi la chasse récréative ne résout pas le problème mais l’exacerbe parfois, et pourquoi la Suisse, malgré un cadre juridique solide, accuse un retard de plusieurs décennies par rapport à la demande.
Vous trouverez plus d'informations générales sur les arguments des groupes de pression en faveur de la chasse récréative dans le dossier Mythes de la chasse : 12 affirmations que vous devriez examiner de manière critique .
Qu'est-ce qui vous attend ici ?
- Fragmentation des habitats : définition et enjeux majeurs pour la faune sauvage de notre époque. Comment les routes, les zones urbanisées et les voies ferrées morcellent les habitats animaux en îlots toujours plus petits, quelles sont les conséquences pour les populations, la génétique et les chances de survie, et quelles espèces sont particulièrement touchées.
- 303 corridors, 47 interrompus : l’état des corridors fauniques en Suisse. Que révèle l’inventaire de l’OFEV ? Où se situent les plus grandes lacunes ? Pourquoi les routes nationales constituent-elles le principal obstacle ? Où en sont les travaux de restauration ?
- Passages fauniques : leurs avantages et les conclusions des recherches. Pourquoi les ponts verts sont efficaces pour tous les groupes d’animaux terrestres, que représente le passage de 2 300 animaux sauvages par pont et par an, et quels facteurs déterminent leur succès ou leur échec.
- Collisions avec la faune sauvage : 21 000 décès par an et les chiffres cachés. Que révèlent les statistiques suisses sur les collisions avec la faune sauvage ? Quels groupes de personnes sont touchés, quels sont les coûts engendrés et pourquoi les chiffres officiels sont systématiquement sous-estimés ?
- L'argument de la chasse : « Abattre les animaux empêche les collisions avec la faune sauvage. » Pourquoi cette affirmation ne résiste pas à l'épreuve du temps scientifiquement, comment les chasses en battue et la chasse de nuit augmentent les collisions avec la faune sauvage, et ce que montrent les études sur la dynamique des populations et la sécurité routière.
- Alternatives efficaces : clôtures olfactives, réflecteurs, systèmes d’avertissement de la faune, réduction de la vitesse : des études montrent que les mesures non létales peuvent réduire les accidents impliquant la faune jusqu’à 80 %, comment fonctionnent les systèmes techniques d’avertissement de la faune et pourquoi une limitation de vitesse à 60 km/h sur les tronçons de route critiques sauve des vies.
- L’aménagement du territoire comme solution : ce que signifie la mise en réseau cohérente des habitats : comment Pro Natura, la BAFU et les cantons sécurisent les corridors, ce que prévoit le Plan d’action pour la biodiversité et pourquoi la restauration des corridors fauniques suisses prendra des décennies.
- Ce qui devrait changer : Exigences politiques concrètes : rénovation obligatoire avec un délai imparti, systèmes d'alerte à la faune obligatoires, réduction de la vitesse, réservation de l'aménagement du territoire.
- Argumentation : Réponses aux justifications les plus courantes du lobby de la chasse de loisir.
- Liens rapides : Tous les articles, études et dossiers pertinents en un coup d’œil.
Fragmentation des habitats : le principal problème de la faune sauvage de notre époque
Les animaux sauvages ont besoin d'habitats interconnectés. Ils migrent quotidiennement entre leurs zones d'alimentation et de repos, saisonnièrement entre leurs habitats d'été et d'hiver, et ce, de génération en génération, permettant ainsi aux jeunes de se disperser, aux populations d'échanger des informations et aux espèces de coloniser de nouveaux territoires. Ce qui allait de soi n'est plus possible pour de nombreuses espèces en Suisse et en Europe centrale : routes, voies ferrées, agglomérations, canaux et terres cultivées de manière intensive ont fragmenté le paysage en îlots toujours plus petits.
Les conséquences sont graves. Les populations isolées perdent en diversité génétique faute d'échanges avec les populations voisines. Des événements locaux – un hiver rigoureux, une maladie, un phénomène climatique extrême – peuvent décimer des populations entières si aucune immigration en provenance des zones voisines n'est possible. Les espèces qui nécessitent de vastes habitats ou dépendent de migrations saisonnières voient leurs possibilités de migration diminuer à chaque nouvelle route et à chaque nouvelle agglomération. La circulation routière est désormais la principale cause de mortalité chez les mammifères sauvages en Suisse, tuant environ la moitié des animaux sauvages qui ne sont pas victimes de la chasse de loisir.
Il ne s'agit pas d'un problème marginal en matière de conservation de la nature. C'est le problème structurel fondamental de l'écologie de la faune sauvage en Suisse, et il ne sera pas résolu par un simple abattage sélectif. Quiconque souhaite aborder sérieusement la protection de la faune sauvage, la conservation des espèces et la sécurité routière doit commencer par là – et non par la délivrance de permis de chasse.
Pour en savoir plus : La Suisse pratique encore la chasse, mais pourquoi ? et Chasse et bien-être animal : quelles conséquences pour les animaux sauvages ?
303 corridors, 47 interrompus : l’état des corridors fauniques en Suisse
L’Office fédéral de l’environnement (OFEV) a recensé 303 corridors fauniques suprarégionaux en Suisse. Ces corridors relient des zones forestières, des plans d’eau et des milieux semi-naturels, constituant ainsi l’épine dorsale de la mobilité de la faune sauvage en Suisse. Le constat de cet inventaire est alarmant : seulement 28 % environ des corridors fonctionnent globalement sans entrave. 47 corridors – soit 16 % – sont totalement obstrués et inutilisables par la faune sauvage. Plus de la moitié, soit 171 corridors, présentent une fonctionnalité fortement voire gravement altérée.
Le principal obstacle réside dans les routes nationales. Depuis 2003, l’Office fédéral des routes (ASTRA), en collaboration avec l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) et les cantons, œuvre à la restauration des corridors fauniques traversant les routes nationales – soit 41 corridors d’importance suprarégionale. Les progrès sont lents : en 2021, la Suisse comptait 44 passages fauniques ; les premiers ont été construits en 1992 dans le canton de Thurgovie, au-dessus de la nouvelle autoroute A7. D’autres passages, tunnels et passages spécialisés pour petits animaux sont en cours d’aménagement, mais ce projet de restauration s’étalera sur des décennies, et non sur des années. Dans le canton de Zurich, le programme de restauration actuel concerne 50 corridors fauniques et se déroule en trois phases sur 24 ans, de 2024 à 2044.
Cette situation n'est pas due à une population d'animaux sauvages et aucun abattage sélectif ne pourra y remédier. Elle résulte de décennies d'erreurs d'aménagement du territoire et exige des corrections en la matière.
Plus d'informations : FOEN : Corridors fauniques et passages fauniques et Pro Natura : Libre passage des animaux sauvages
Ponts et passages pour la faune sauvage : leurs avantages et les conclusions des recherches
Les ponts et passages fauniques sont efficaces. Ce constat n'est pas seulement l'avis des associations de protection de la nature, mais le fruit de décennies de recherche. Une méta-analyse évaluant les ponts verts en Allemagne, aux Pays-Bas, en France et en Suisse conclut que ces ponts conviennent à tous les groupes d'animaux terrestres et permettent de compenser, au moins localement, les effets de fragmentation des infrastructures de transport. Leur efficacité est optimale lorsqu'ils ne se limitent pas à servir de corridors de passage étroits, mais sont également intégrés à l'habitat des espèces concernées.
Les chiffres sont impressionnants : sur un passage faunique enjambant l’autoroute A11 dans le Brandebourg, près de 2 300 animaux sauvages ont été recensés entre mai 2005 et avril 2006. Ce passage était utilisé non seulement par de grands animaux sauvages, mais aussi par des invertébrés tels que des papillons, des araignées et des coléoptères. Le suivi réalisé par l’Institut de recherche forestière du Bade-Wurtemberg sur 66 passages fauniques – des grands ponts aux petits passages souterrains – démontre que les ponts constituent des voies de passage et des habitats adaptés à une grande variété d’espèces et contribuent significativement à la connectivité écologique. Concernant le chat sauvage d’Europe au Luxembourg, l’analyse ADN a prouvé qu’au moins neuf individus différents utilisaient un même passage faunique comme corridor de migration.
Un facteur crucial de réussite : la largeur. Plus un pont est large, plus il est utilisé. Les ponts étroits et dépourvus de végétation sont évités par les espèces craintives. Un pont d’au moins 50 mètres de large, agrémenté de végétation naturelle, est beaucoup plus fréquenté que les modèles étroits et économiques. Cela a des conséquences sur l’aménagement du territoire : négliger la construction de ponts pour la faune sauvage compromet leur efficacité.
Plus d'informations : Canton de Zurich : Corridors fauniques et suivi fonctionnel des passages fauniques par l'OFEV (PDF)
Collisions avec la faune sauvage : 21 000 décès par an et les cas non déclarés
D'après les statistiques officielles, près de 21 000 animaux sauvages de taille moyenne à grande meurent chaque année en Suisse dans des accidents de la route, dont plus de 8 000 cerfs, ainsi que des renards, des blaireaux, des lièvres, des sangliers et, occasionnellement, des cerfs élaphes. Plus de 100 000 amphibiens, principalement des grenouilles et des crapauds, sont tués chaque année. Environ 90 % des accidents se produisent sur les routes, le reste sur les voies ferrées. Par ailleurs, plus de 100 personnes sont blessées chaque année, et les dommages matériels déclarés aux assurances se chiffrent à plusieurs dizaines de millions de francs suisses : des assureurs comme AXA et Helvetia enregistrent des milliers de sinistres chaque année.
Ces chiffres doivent être interprétés avec une mise en garde essentielle : il s’agit de sous-estimations. Seuls les accidents signalés aux gardes-chasse ou aux autorités compétentes sont pris en compte. Les petits animaux, les espèces nocturnes et les accidents sur les routes secondaires sont souvent négligés. Dans le seul canton de Zurich, environ 2 800 animaux sauvages ont péri dans des accidents de la route en 2023 – et ce chiffre ne comprend que les cas signalés. Le nombre réel est probablement bien plus élevé dans toute la Suisse que le chiffre officiel de 20 000. Les régions du Jura, de Fribourg et des Grisons, ainsi que la région viticole et les communes riveraines des lacs de Zurich, sont particulièrement exposées à ce type d’accidents.
Ces chiffres révèlent également que le problème ne concerne pas principalement les populations d'animaux sauvages considérées comme des chiffres abstraits, mais plutôt des animaux individuels qui meurent sur la route la nuit – souvent après une longue et douloureuse agonie, loin de tout vétérinaire, et sans que les autorités ni le public ne s'en aperçoivent. Environ la moitié des animaux trouvés sur la route présentent des morsures ou d'autres blessures subies lors de la chasse, ce qui suggère que les réactions de fuite provoquées par la pression de la chasse et les battues contribuent directement à ces décès.
Pour en savoir plus sur ce sujet : Dossier Chasse et bien-être animal et Animaux sauvages, peur de la mort et absence d’anesthésie
L'argument de la chasse : « La chasse prévient les accidents avec la faune sauvage »
L'argument est ancien et constamment répété : moins d'animaux sauvages signifie moins de collisions avec la faune sauvage. Par conséquent, l'abattage sélectif est un moyen d'améliorer la sécurité routière. À première vue, cela semble plausible. Cependant, à y regarder de plus près, cela ne résiste ni à l'analyse empirique ni à l'étude de l'écologie.
Premièrement, les études d'écologie des populations montrent que la chasse intensive peut décimer les populations d'animaux sauvages à court terme, mais pas de façon permanente, car les pertes sont compensées par une augmentation du taux de reproduction. C'est particulièrement vrai pour les cerfs et les sangliers : la population s'autorégule grâce à la capacité de l'habitat à répondre aux besoins des animaux, et non grâce à des quotas de chasse. Les chasseurs créent de l'espace pour les jeunes animaux à court terme, augmentant ainsi le taux de reproduction. Deuxièmement, les recherches montrent que les battues et les chasses en groupe débusquent activement les animaux sauvages et les paniquent. Les animaux chassés traversent des routes dans une peur panique qu'ils éviteraient autrement. PETA déclare : « Les chasseurs sont en partie responsables de nombreuses collisions avec la faune sauvage. Lors des chasses, en particulier des grandes battues, les animaux sont débusqués. Ils fuient et courent, pris de panique, traverser les routes et pénétrer dans les zones habitées. »
Troisièmement, l'argument contre la chasse est réfuté le plus clairement dans le canton de Genève, qui n'y autorise aucune chasse récréative depuis 1974 : le nombre de collisions entre véhicules et animaux sauvages à Genève n'est pas supérieur à celui des cantons où la chasse est autorisée. Ce qui fait la différence, ce sont les mesures structurelles : la réduction de la vitesse, les systèmes d'alerte faunique et la planification des habitats. Cela démontre que la sécurité routière et la protection de la faune sauvage relèvent de la planification, et non de la chasse.
Lire la suite : Mythes de la chasse : 12 affirmations à examiner de manière critique et Chasse et cruauté envers les animaux
Solutions alternatives efficaces : clôtures olfactives, réflecteurs, systèmes d’avertissement, réduction de la vitesse
Entre les deux extrêmes que sont « ne rien faire » et « tirer sur les animaux sauvages », se trouve un large éventail de mesures non létales, scientifiquement prouvées, pour réduire les accidents impliquant la faune sauvage, qui sont bien plus efficaces dans leur effet global que le tir.
Les barrières olfactives et les réflecteurs pour la faune sauvage, comme l'a démontré une étude à long terme menée conjointement par l'ADAC (Automobile Club allemand) et la Fédération allemande de chasse, ont permis de réduire les collisions avec la faune sauvage jusqu'à 80 % sur des tronçons d'essai bien sécurisés. Bien que leur efficacité soit limitée à certains types de routes et d'espèces animales et qu'elle nécessite un entretien régulier, son effet est mesurable et reproductible. Les systèmes d'avertissement acoustiques pour la faune sauvage, qui réagissent aux mouvements des véhicules et émettent des signaux ultrasoniques, se sont révélés efficaces aux points noirs. Dans le canton de Zurich, un système d'avertissement amélioré est actuellement testé le long du lac de Zurich, ciblant spécifiquement les tronçons de route les plus accidentogènes.
Les limitations de vitesse sur les tronçons routiers critiques – notamment à 60 km/h la nuit aux points de passage connus – sont faciles à mettre en œuvre et réduisent considérablement la probabilité et la gravité des collisions : un cerf de 20 kg exerce une force d’impact d’environ une tonne à 100 km/h. Si les clôtures pour la faune sauvage le long des routes nationales empêchent les traversées, elles aggravent simultanément la fragmentation des habitats ; elles ne sont donc efficaces qu’en complément des passages fauniques, et jamais seules. Les méthodes de dissuasion acoustique, telles que le dispositif anti-sangliers testé par la Haute École spécialisée de Zurich (ZHAW), donnent des résultats prometteurs en agriculture et pourraient influencer durablement le comportement de la faune sauvage à proximité des routes sans nuire à aucun animal.
Pour en savoir plus sur ce sujet : Alternatives à la chasse : ce qui aide vraiment sans tuer d’animaux, et une initiative qui préconise de remplacer les chasseurs par des gardes-chasse.
L’aménagement du territoire comme solution : que signifie la mise en réseau cohérente des habitats ?
Les corridors fauniques sont inscrits dans la loi suisse : leur réseau constitue une obligation légale et leur restauration fait partie du plan d’action du gouvernement fédéral pour la stratégie de biodiversité. L’Office fédéral de l’environnement (OFEV), l’Office fédéral des routes (ASTRA) et les cantons travaillent de concert. Les bases sont solides.
Le problème réside dans le rythme. La restauration des 51 corridors interrompus le long des routes nationales est en cours depuis 2003 – soit depuis plus de 20 ans – et n'est toujours pas achevée. Dans le canton de Zurich, le programme de restauration de 50 corridors est prévu sur 24 ans. Pro Natura réclame depuis des années que les corridors dégradés ou interrompus soient rendus praticables et que les besoins de déplacement de la faune sauvage soient pris en compte dès la conception des nouvelles infrastructures. L'Office fédéral de l'environnement accélère les programmes de restauration dans le cadre de la Stratégie pour la biodiversité – un pas dans la bonne direction, certes, mais qui ne doit pas masquer le fait que de nouvelles fragmentations sont créées pour chaque tronçon restauré tant que l'aménagement du territoire et la réglementation du bâtiment n'intègrent pas un principe de protection des corridors cohérent.
Une approche véritablement cohérente impliquerait : une réservation de corridor juridiquement contraignante pour tous les projets ayant un impact spatial en vertu du droit fédéral, un programme de rénovation accéléré avec des échéances claires au lieu de plans décennaux, l’obligation d’installer des systèmes d’avertissement concernant la faune sur tous les tronçons de route statistiquement accidentogènes, et le renforcement constant de l’utilisation des terres quasi naturelles dans les zones de corridor afin d’assurer la continuité des sentiers de randonnée, même entre les ponts et les passages.
Pour plus d'informations : FOEN : Corridors fauniques et Canton de Lucerne : Corridors fauniques et passages fauniques
Qu'est-ce qui devrait changer ?
- Réservation de corridors fauniques contraignante au niveau fédéral pour les projets d'infrastructure : Actuellement, les corridors fauniques doivent être pris en compte dans les nouveaux projets routiers, ferroviaires et d'aménagement du territoire, mais le caractère contraignant de cette exigence est incomplet. Un cadre juridique clair est nécessaire pour empêcher la fragmentation des corridors existants ou planifiés et pour lier les exceptions à des obligations d'indemnisation strictes.
- Programme de réhabilitation accéléré avec échéances : La réhabilitation en cours des 51 tronçons interrompus du corridor national doit être assortie d'échéances contraignantes. Un plan sur 24 ans n'est pas un programme de réhabilitation, mais un report. Au rythme actuel, les corridors interrompus seront rétablis avec des décennies de retard.
- Systèmes d'avertissement obligatoires concernant la faune sauvage sur les tronçons accidentogènes : Les cantons tiennent à jour des statistiques sur les accidents impliquant la faune sauvage. Ces données doivent être systématiquement analysées et servir de base à la mise en place de systèmes d'avertissement obligatoires, de barrières olfactives ou de limitations de vitesse sur les tronçons accidentogènes. Négliger un point noir accidentogène est une décision évitable.
- Réduction de la vitesse aux passages fauniques : Sur les tronçons de route qui croisent des passages fauniques connus, notamment au crépuscule et la nuit, la vitesse doit être limitée à 60 km/h. La réduction du poids de l’impact diminue la gravité des accidents, tant pour les animaux que pour les humains.
- Gestion intégrée de la faune sauvage plutôt que quotas d'abattage : les autorités cantonales de chasse et d'aménagement du territoire doivent collaborer plus étroitement. La gestion de la faune sauvage ne doit plus se limiter à la fixation de quotas d'abattage. Elle doit impliquer la connexion des habitats, la création de zones tampons et la priorité systématique donnée à la résolution non létale des conflits.
- Statistiques complètes et accessibles au public sur les accidents impliquant la faune sauvage : tous les cantons ne publient pas de chiffres comparables. Un système de surveillance normalisé et accessible au public, assorti d’obligations de déclaration, constitue la base de données nécessaire à l’élaboration de mesures fondées sur des preuves.
- Exemples de propositions : Exemples de textes pour des propositions critiquant la chasse et la protection des forêts contre la chasse récréative
Argumentation
« La diminution du gibier due à la régulation des populations entraîne une réduction des collisions avec la faune sauvage. » Ceci est vrai à court terme et localement dans certaines situations. À long terme, les populations d'animaux sauvages compensent les pertes par une augmentation du taux de reproduction ; la population se rétablit rapidement. De plus, les battues et les chasses en battue présentent un lien de causalité avec l'augmentation des collisions avec la faune sauvage : les animaux, effrayés, traversent les routes par peur, alors qu'ils les éviteraient autrement. Le canton de Genève n'autorise pas la chasse récréative depuis 1974 et n'a pas connu de nombre comparativement plus élevé de collisions avec la faune sauvage. Il s'agit là de la réfutation empirique la plus claire de cet argument.
« Les ponts pour la faune sauvage sont trop chers – la chasse est bien moins coûteuse. » Un pont pour la faune sauvage coûte plusieurs millions de francs suisses, selon sa largeur et son emplacement. Mais il dure des décennies, améliore la biodiversité, réduit durablement les accidents et ne crée pas de nouveaux problèmes. L'abattage sélectif est périodique, engendre des coûts supplémentaires liés à l'augmentation de la reproduction et ne résout en rien le problème de fond : la fragmentation des habitats. Quiconque juge les ponts pour la faune sauvage trop chers devrait se demander pourquoi il ne compare pas le coût de la chasse, les dizaines de millions de francs de dégâts causés par les véhicules à la faune sauvage et la perte de biodiversité à long terme.
« Les corridors fauniques sont inutiles si les animaux ne les utilisent pas. » Les recherches démontrent le contraire : les passages fauniques sont utilisés par tous les groupes d’animaux terrestres, des grands mammifères aux invertébrés. La largeur, la végétation et la connexion à des zones quasi naturelles de part et d’autre du passage sont des facteurs essentiels. Les passages étroits ou mal conçus sont effectivement moins efficaces ; c’est un argument en faveur d’une meilleure planification, et non contre les passages fauniques en soi.
« La chasse régule les populations d'animaux sauvages qui, autrement, proliféreraient de façon incontrôlée. » Aucune population d'animaux sauvages ne prolifère de façon incontrôlée sans que l'homme n'ait modifié son habitat, ses prédateurs ou ses sources de nourriture. Lorsque les populations d'animaux sauvages posent réellement problème, les mesures non létales – clôtures olfactives, systèmes de dissuasion, modifications de l'habitat – sont souvent plus efficaces et durables que l'abattage sélectif, qui ne s'attaque pas au problème de fond.
« Pro Natura et d'autres organisations de protection de la nature soutiennent la chasse comme outil. » Pro Natura milite systématiquement pour les corridors fauniques, les ponts verts et l'aménagement du territoire. Lorsque ces organisations ne rejettent pas fondamentalement certaines mesures de chasse, il ne s'agit pas d'un soutien à la chasse récréative, mais plutôt du résultat de compromis pragmatiques au sein d'un système qui n'offre pas de meilleure alternative. Dès lors que des alternatives non létales existent, l'argument en faveur de la chasse perd toute pertinence dans le domaine de la protection de la nature.
La Suisse possède l'un des meilleurs réseaux de corridors fauniques au monde. Elle dispose d'un inventaire complet et d'un cadre juridique solide. Cependant, sur 303 corridors suprarégionaux, 47 sont totalement et gravement perturbés, et 171 sont gravement dégradés : le résultat est loin d'être concluant. Le programme de restauration, en cours depuis 2003 et conçu pour durer des décennies, nécessite davantage d'efforts, de financements et de volonté politique – et non pas de l'autosatisfaction.
Liens rapides
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Sources externes :
- BAFU : Corridors et passages fauniques
- FOEN : Les corridors fauniques en Suisse – principes de base (PDF)
- BAFU : Suivi fonctionnel des passages fauniques (PDF)
- FOEN : Plan d'action Biodiversité Suisse – Sécurité et qualité de vie de la nature dans les transports
- Canton de Zurich : Corridors fauniques
- Canton de Lucerne : Corridors et passages fauniques
- Canton de Fribourg : Prévention des accidents de la circulation impliquant des animaux sauvages
- Pro Natura : Liberté totale pour la faune sauvage
- Wikipédia : Pont vert – efficacité et distribution
- Institut de recherche forestière du Bade-Wurtemberg : Suivi des ponts verts
- ZHAW : Prévention des dégâts causés par les sangliers – Dissuasion acoustique (PDF)
- PETA : Avantages et inconvénients de la chasse – accidents avec la faune sauvage
Notre revendication
Les corridors fauniques, les ponts fauniques et une planification spatiale cohérente ne sont pas des idées de conservation romantiques : ce sont les seules solutions qui s’attaquent véritablement au problème fondamental de la fragmentation des habitats. L’abattage sélectif ne résout pas ce problème. Au mieux, il le masque temporairement et crée de nouveaux problèmes : augmentation des taux de reproduction, comportements anormaux liés au stress, fuites paniquées à travers les routes et – comme le canton de Genève l’a démontré depuis 1974 – aucun avantage mesurable par rapport à une alternative sans chasse et respectueuse de l’environnement.
Une politique de protection de la faune sauvage qui prenne au sérieux la biodiversité et la sécurité routière investit dans les passerelles fauniques, accélère la restauration des corridors écologiques perturbés, impose des systèmes d'alerte aux animaux sauvages aux points noirs et cesse de considérer l'abattage comme une solution miracle à des problèmes qui exigent des solutions structurelles. La Suisse dispose du cadre juridique et des connaissances scientifiques nécessaires. Ce qui lui manque, c'est la volonté politique et la réactivité. Ce dossier est mis à jour régulièrement en fonction des nouvelles études, des rapports de planification et des décisions politiques.
À propos de la chasse de loisir : dans notre dossier sur la chasse, nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des rapports de fond.